LA FORME ET LES FORMES A MAINS NUES DU STYLE YANG GUI DING....

 

QUELQUES EXPLICATIONS PLUS DÉTAILLÉES ....

 

 


Les origines: la 108 ou les 108?
On a parfois bien du mal à s’y retrouver et d'ailleurs si vous voulez en savoir plus, vous trouverez un peu plus bas un article consacré à la forme 108 et aux autres formes longues.…

En fait, on parle tout simplement de "la" forme, de la forme traditionnelle, de la forme longue, du grand enchainement, de la forme originelle, de la forme ancienne, et apparemment, c'est toujours et surtout la 108 de Yang Lu Chan, fondateur du style Yang…
Mais le style « Yang » est très riche, de nombreux maîtres y ont laissé leur empreinte… et leurs enchainements spécifiques : Chen Man Ching, Yang Sau Chung, Tung, Wang Ien Nien… et de nombreuses écoles sont nées…de toute façon, l’important reste LA pratique, le reste n’est souvent que guerre de « clochers » (enfin, de pagodes…).

 
D'autant plus que de nouvelles formes codifiées de style Yang ou multi-styles ont vu le jour dans la deuxième moitié du XXème siècle, certaines sont longues, d'autres plus courtes :


En 1956, la forme 24 mouvements est créée par des experts réunis sous l'égide du gouvernement de la République Populaire de Chine qui a vu le jour sept ans auparavant. Parmi eux des représentants de la famille Yang. Cette forme de leur style vise à simplifier l’ancienne forme traditionnelle de la 108. Le but est de la rendre accessible à tous, et de l’introduire dans l’éducation de la population. Cette forme dénommée couramment " forme de Pékin" se répand, non sans critiques (c’est une forme « politique », « officielle », « codifiée »…).
C’est cependant la plus connue à travers le monde.

En 1957, donc peu après, une forme longue de 88 mouvements de style Yang naît sous les mêmes auspices. C’est une forme officielle, une réécriture de la 108. Elle est aussi un tout petit peu différente de la forme 85, mise au point par Yang Zhen Duo (la forme 103 « redécoupée » par Yang Zhen Duo et Yang Jun, son petit fils, actuels représentants de la famille Yang. Les curieux trouveront en bas de page une comparaison entre ces différentes formes très proches les unes des autres). La difficulté essentielle de la forme longue reste la mémorisation et la concentration sur la durée, mais c'est aussi ce qui fait son charme.

A la fin des années 1990 sont créées les formes  8 et 16 dans le but de développer mondialement les Arts Martiaux Chinois. Quoi que l’on pense des codes et des simplifications, il faut avouer que ces formes rendent accessibles au plus grand nombre l'initiation et la pratique du Tai Ji Quan, qui ne cesse d’évoluer.

 

Les formes de compétition en Tai Ji Quan (Main nue)


La forme 48 mouvements
voit le jour en 1979. Des experts représentants les 5 styles majeurs (Yang, Chen, Wu, Wu-Hao, Sun) sont réunis par le Ministère des Sports pour créer une forme qui permettra de comparer les prestations de pratiquants de ces styles différents. La 48 est un enchaînement très technique, très équilibré, vivant, riche en déplacements et varié, c'est donc la première forme de compétition.

La forme 42 mouvements
est présentée en 1989 pour remplacer la forme 48 lors des compétitions; plus rapide que cette dernière, avec des passages techniques permettant d'apprécier les qualités athlétiques des compétiteurs, elle est aussi plus courte que la forme 48 et permet donc une rotation plus rapide des concurrents (nombreux en Chine). La forme 42 reste néanmoins apparentée à la forme 48, car elle fait des emprunts aux 5 mêmes styles.

Les formes de compétition de 3ème génération à main nue
voient le jour en 2012.
Elles sont au nombre de trois :
-La forme new classic Yang, dite aussi 26 mouvements,
-La forme new classic Chen,
-La forme dénommée Guiding 3.
Ces trois formes doivent être réalisées en suivant une musique codifiée, ce qui les rend très agréables à travailler. Alors que la dernière succède à la 42, mais en étant encore plus athlétique et spectaculaire, les deux premières se veulent proches des styles Yang et Chen originels, d'où leur dénomination « new classic ». Certaines caractéristiques (pas de mouvement avant-arrière-avant entre les déplacements, positions des mains particulières par exemple) de la forme new classic Yang sont en effet différentes des formes modernes Yang Guiding telles que la 24 ou la 88. Ne présentant pas de difficultés exceptionnelles, elle est praticable par un maximum de personnes, tout en étant agréable à regarder et en respectant le nouveau règlement international de compétition.

Car même si elles sont donc classiques par leur philosophie, ces deux formes font partie des taolu ... récents et sont pratiquées lors de Championnats de taolu modernes.




Toutes ces formes respectent la tradition, en ce sens que depuis les origines, "la" ou "les" forme(s) ont été créées, adaptées et modifiées pour s’adapter à leur « public » et à leur époque. C'est probablement pour cette raison que  le Tai Ji Quan est toujours aussi présent à travers le monde et qu'il restera sans doute encore longtemps présent dans le quotidien de centaines de milliers de personnes…


LES FORMES LONGUES A MAINS NUES DU STYLE YANG...

85, 88, 103, 108...

SIMILITUDES ET DIFFÉRENCES....

 

Quand on parle de formes longues, on parle donc de 85, de 88, de 103, de 108 mouvements…. Certains décomptes associent des mouvements que d’autres dissocient, mais souvent il n’y a que très peu de vraies différences.
Quelques pistes entre similitudes et différences…


85 et 103:
La 85 et la 103 ont la même première partie. Dans la deuxième partie, chaque  « repousser le singe », « mains comme les nuages », « séparer le pied », « brosser le genou », « fille de jade » est comptabilisé un par un dans la 103, de même, le « parer à gauche » est dissocié du « saisir la queue de l’oiseau ». Dans la 85 ces mouvements sont regroupés.
Dans la troisième partie, les trois nuages comptent à nouveau pour trois mouvements distincts, de même que les singes que l’on repousse… et de nouveau les nuages….
Les formes sont donc  identiques, les différences se situent juste dans le «  découpage ». Cette opération  s’est faite apparemment en 1996

85 et 88: 
Il y a quelques réelles différences avec la forme 88  plus ancienne, qui, par exemple, comporte bien aussi trois séries de nuages, mais deux séries de 5 nuages  et une de trois, au lieu de trois séries de trois nuages (différence de météo sur l’axe Nord Sud ?). Dans la 88, les nuages forment un seul « mouvement »  (et non 5 ou 3 dissociés). Les coups de pieds (mouvements 30 et 31 de la 88) sont dissociés, associés dans la 85. Et ce brave serpent ne darde pas la langue au même moment… Mais sinon, ce ne sont que quelques détails de « découpage »…


103 et 108: 
Et bien là, dès la queue de l’oiseau les choses se compliquent ! Car chaque technique de lan che wei:  peng, lü, ji, an, compte pour un « mouvement »… Pareil pour les trois « brosser de genoux » de la partie 1, ils sont comptés un par un. Ce qui fait qu’à la fin de cette 1ère partie la 103 est au mouvement 14 et la 108 au mouvement 21 ! Entre le tigre rapporté à la montagne et le poing sous le coude, la 108 insère le peng, lü, ji, an…et un simple fouet.
Pour compenser, la 103 dissocie les « repousser de singe » que la 108 associe… Pour se venger la 108 intercale avant le simple fouet de la 103 des « peng, lü, ji, an » de nouveau. Mais la 103 ne se laisse pas faire et dissocie les nuages que la 108 avait regroupés ! Un petit coup de poing se glisse avant le « ban lan chui » (avancer, bloquer, frapper) et du coup, en fin de partie 2, nous voilà avec un score de 58 mouvements pour la 108 au « croiser des mains » contre 51 pour la 103…
Pour la 3ème partie : dans la 108, de nouveau un brin de peng, lü, ji, an entre tigre rapporté à la montagne et simple fouet oblique. Et « séparer la crinière du cheval » qui compte pour trois (et non pour un ... c’est un grand cheval!). Encore un peng lü ji an avant le simple fouet. Le 103 sépare ses nuages de nouveau. Mais le coq d’or se coupe en deux dans la 108 (pauvre bête!), alors le singe se fait repousser en trois fois dans le 103 et les nuages se séparent en trois aussi! La main qui perce de la 108 se prend un mouvement pour elle toute seule. Et un petit coup de poing se glisse de nouveau avant le pas an avant, bloquer, frapper. Fin du match : 103 pour le challenger et 108 pour le tenant du titre…!


L’essentiel est préservé : toutes ont bien trois parties : Terre, Homme et Ciel, leurs proportions sont sauves  et chacune des parties se termine harmonieusement par une fermeture apparente et un croisé des mains qui nous permet de rapporter le tigre à la montagne !
Qu’il s’agisse de la 108 de Yang Lu Chan, de la 88 ou de la 85/103 l’esprit est le même. Peu importe alors que le découpage soit ancien ou récent. Le travail de mémorisation, de concentration est identique. Le plaisir que l’on a à exécuter cette forme longue, le bien être que l’on ressent, est identique.

LA 24, UNE FORME UNIVERSELLE?



Le gouvernement de Beijing souhaitait depuis 1953 promouvoir le Wushu et rendre populaire une forme courte, accessible à tous et qui ferait oublier les écoles ésotériques et les sectes secrètes d’arts martiaux de l’époque précédente. Il s’agissait donc de gommer les marques de spiritualités trop envahissantes (certains aspects du Qi Gong et du Tai Ji Quan était jugés trop marqués par le taoïsme et trop élitistes aussi à cause de leur complexité) tout en renouant avec une tradition qui dans la mémoire populaire faisait partie de l’identité chinoise.


Les maîtres des années cinquante, dont Yang Chen Fu et Wu Jian Quan, s’adaptant à l’évolution socio-culturelle de leur pays, participèrent à cette création suivant en cela l’exemple de la famille Chen ou de Yang Lu Chan qui en leur temps avaient  eux-aussi adapté leur art pour enseigner aux empereurs : en effet la philosophie chinoise considère le changement et l’évolution comme inéluctables.

C’est ainsi que se réunirent pour une première tentative Li Tian Ji (style Sun) Chen fa Ke (style Chen) Wu Tu Nan (style Wu) Gao Rui Zhou (style Li) Tian Zhen Feng et Zhang Wen Guang (style Yang)… ainsi que l’historien Tang Hao. Mais la forme qui sortit de leurs réflexions s’avéra trop compliquée !

Un nouveau groupe d’experts dont Li Tian Ji et Tang Hao se rassembla en 1956 au sein de la  Commission Chinoise des Sports et de la Culture Physique : leur mission était cette fois de simplifier la forme Yang « longue », de 108 mouvements pour créer une forme facile à apprendre pour tous, d'où tout signe extérieur de combativité serait gommé, une forme qui remplacerait en Chine toutes les autres formes existantes, une forme qui ne durerait pas plus de 10 minutes afin de pouvoir être pratiquée aisément chaque jour.

C’est ainsi que naquit la forme 24 aussi appelée « Forme de Pékin » ou « Petite Forme »  qui est maintenant la plus connue et la plus pratiquée à travers le monde.
Pour certains qui souvent d’ailleurs ne connaissent qu’une seule forme « ancienne », ou « longue », ce « bricolage » est sans valeur.  Pourtant, comme toute forme, elle apporte au corps et à l’esprit des bienfaits certains. Les enseignements techniques sont là aussi. Certes, elle ne porte pas la marque d’un seul maître, mais elle est le résultat d’une réflexion collégiale d’experts reconnus, et elle a quand même eu le mérite de rendre accessible au plus grand nombre le Tai Ji Quan… y compris à nous, Occidentaux, qui ne sommes pas forcément assez patients pour nous approprier d’emblée une forme longue…



LA 8 ET LA 16.....


LES FORMES PÉDAGOGIQUES YANG GUI DING


La forme Ba Shi, 8 mouvements, qui d'ailleurs en compte plus exactement 10… l’ouverture et la fermeture ne sont pas comptabilisées, est une forme récente, pensée pour l’apprentissage. une forme pédagogique intéressante à plusieurs titres:
Elle permet à tous, débutants ou non, de (re)travailler sur des bases incontournables. Le placement des pieds au sol est particulièrement important : le pied se pose toujours selon un écartement à peu près égal à l’écartement de hanche naturel.
Elle est courte et la concentration en est donc simplifiée, on peut alors porter son attention sur l'écart de hanches, ou sur la respiration, ou sur la bonne verticalité du corps, ou sur les finitions, ou…
Chaque  mouvement s’exécute à droite et à gauche: c'est une forme équilibrée.
Elle se fait quasiment sur place sans déplacements linéaires, donc, on peut la faire chez soi!
Elle est simple à retenir, donc, on peut la faire chez soi tout seul!
Elle est courte disions-nous, donc, il n'y a aucune excuse pour ne pas la faire chez soi!

La forme Shi Liu Shi, la 16, est une forme intéressante dans la progression sur la voie du Tai Ji Quan. En effet, dans la 8, les déplacements sont limités et il suffit d'ouvrir à droite, puis à gauche…et ainsi de suite. Dans la 16, voilà que s'amorce le déplacement linéaire caractéristique des formes plus longues. Et c'est la compréhension (déjà acquise grâce à la 8) de l'alternance du yin et du yang qui va nous faciliter les choses! De plus, de nombreux mouvements de la 16 sont déjà présents dans la 8.
Agréable et simple, sans équilibre sur un pied, la 16 est donc accessible à tous….